Journaliste engagée, photographe, théoricienne du Septième Art, productrice et auteure cinématographique, Germaine Dulac (alias Charlotte Elisabeth Germaine Saisset-Schneider, 1882-1942) est une figure emblématique de l’histoire culturelle française de la première moitié du XXe siècle. Sa contribution à la reconnaissance du cinéma comme langage artistique – combat mené avec Louis Delluc et Ricciotto Canudo, entre autres – est incontestable.

Née à Amiens dans une famille aisée, elle mènera tout au long de sa vie un double combat à la fois politique et esthétique pour les droits des femmes – de vote, de travail, de « désir » – et pour la reconnaissance du statut d’auteur cinématographique. Lorsque les deux luttes convergent on assiste à des chefs-d’œuvre comme La Souriante Madame Beudet (1923), considéré comme le premier film féministe, mais aussi comme un exemple de création expérimentale de l’époque, en vertu de ses nombreux « effets spéciaux ».

L’expérimentation cinématographique sera le chiffre stylistique de toute sa carrière de cinéaste, y compris dans les productions plus commerciales comme le ciné-roman Gossette (1923).

Aujourd’hui, la notoriété de Germaine Dulac est surtout liée au film La Coquille et le Clergymen (1927), adaptation d’un scénario d’Antonin Artaud, considérée comme le premier film surréaliste. Sans doute contrariés par le peu de participation de l’écrivain à la réalisation du film, à sa sortie au Studio des Ursulines les surréalistes organisèrent une véritable expédition punitive contre la cinéaste, connue sous le nom de « bagarre des Ursulines ».

Comme beaucoup de cinéastes de la première avant-garde, Germaine Dulac abandonnera la création cinématographique avec l’avènement du film sonore. Pour de nombreux théoriciens et réalisateurs du muet, ce qui avait fait l’unicité de l’art cinématographique était l’absence de paroles. Elle continuera tout de même à exploiter ses compétences de réalisatrice en dirigeant les ciné-journaux de Pathé, jusqu’à sa mort en 1942.

Malgré l’intérêt que Germaine Dulac a suscité auprès de la communauté des chercheurs dans le monde entier, on histoire n’est pas très connue. Nous pensons que le moment est venu de faire connaître au grand public cette figure d’exception de l’histoire culturelle française à travers une exposition et au prisme de ses nombreuses collaborations artistiques et professionnelles : Irène Hillel-Erlanger, Eve Francis, Stacia Napierkovska, Louis Delluc, Ricciotto Canudo, Antonin Artaud, entre autres.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

clear formPost comment